16 mars 2013
samedi 29 décembre 2012
Colloque L'anthropologie à l'épreuve du féminin: Féminité et anthropologie psychanalytique - 16 mars 2013 organisatrice Elizabeth Kaluaratchige
16 mars 2013
mercredi 29 février 2012
Elizabeth Kaluaratchige "L'auto-thérapie": un phénomène religieux de "New Age"?

"L'auto-thérapie": un phénomène religieux de "New Age"?
Elizabeth Kaluaratchige
Psychanalyste, Psychologue clinicienne, Maître de Conférences, Chercheuse, Equipe « Corps, pratiques sociales et anthropologie psychanalytique », CRPMS, Université Paris 7
Séminaire : L’AFA
Association française des Anthropologues
dans le cadre de
ANTHROPOLOGIE, PSYCHANALYSE ET POLITIQUE
REGARDS SUR LES TERRAINS
20 mars 10 h - 12h
Maison Suger : 16 – 18 rue Suger ; Paris 6° (RER Saint-Michel)
L’« Auto-thérapie » est un phénomène du monde moderne, auquel la théorie psychanalytique de l’entendement collectif confronte, et qui en outre est apte à l’illustrer. Détaché de la « foule », encadré dans un système fermé, engagé dans une pratique plutôt « auto et solo : soi même et seul » ou quasi-individuel, l’homme triste de la modernité est-il un « malade qui multiplie les remèdes » ?
L’« Auto-thérapie » revoie à l’univers des psychothérapies non conventionnelles, pseudo-scientifiques, para-psychologiques… provenant de différents horizons. Se situe-t-elle entre la souveraineté des organisations religieuses qui s’occupent du corps de la sublimation et celle de la médecine qui traite le corps biologique ? Freud trace déjà au début du 20ème siècle, l’énigme de la pulsion qui force un certain homme moderne de mener une quête d’« auto solution » ascétique. L’homme « autoïque » du New Age insinue-t-il qu’il est malade d’une « maladie du moi » et d’un malaise de l’individualisme, plutôt que d’un malaise dans la civilisation ? Il s’agit ici de questionner les techniques qu’il utilise pour éliminer le moi ou pour transformer « quelque chose de son moi qu’il ne veut pas assumer. Au travers de cette interrogation, il est juste de saisir l’articulation entre un piétisme saisonnier ou un protestantisme plus protestant que le protestantisme chrétien et un Gethsémani de la modernité.
Association française des anthropologues
18-20 rue Robert Schumann
94227 CHARENTON-le-PONT cedex
lundi 6 février 2012
Présentations des Leçons Psychanalytiques de Paul-Laurent Assoun, Mardi 7 février 2012 à 20heures
Mardi 07 Février à 20h
Nous recevons :
Paul Laurent ASSOUN
Professeur à l’Université Paris-7 Diderot, Psychanalyste,
A propos des
Leçons psychanalytiques
Le transfert, Les phobies, Le fantasme, L’angoisse…
Publiées chez Anthropos
Débat avec Yves Le Bon, psychanalyste.
La Terrasse Guternberg, 9 Emile Castalar, Paris 75012
samedi 15 octobre 2011
Colloque, 19 novembre 2011, Symptômes corporels et illusions collectives", Amphi 9E, Université Paris 7,
Symptômes corporels
et
illusions collectives
de 08h45 – 16h45
Amphi - 9E
Entrée Libre
Université Paris 7, Denis Diderot
(Halles aux Farines, rue F. Dolto, 75013, Paris, Métro RER, Bibliothèque François Mitterrand)
(Pour tous renseignements : Elizabeth KALUARATCHIGE : kaluara@voila.fr)
Dans Le malaise dans la culture, en parlant des méthodes que l’homme utilise pour diminuer la souffrance et augmenter les sensations de bonheur, Freud insiste sur la difficulté de faire pousser « une cuirasse impénétrable aux flèches du destin » et sur la défaillance de ces méthodes « lorsque le corps propre devient la source de la souffrance ». De l’introduction du toxique « étranger au corps » jusqu’à la sublimation religieuse et spirituelle, il introduit une articulation concrète entre le corps sacrifié et/ou exalté et le corps imbriqué dans le symbolique ainsi que son envers, le symptôme.
Un siècle à peu près après cette œuvre freudienne, les religions non seulement monothéistes, mais les religions nouvellement introduites sous différentes formes, sont impliquées dans des pratiques religieuses les plus contemporaines. Ces formes nouvelles ancrées exigent une analyse dans un cadre mieux défini conceptuellement. Inscrivant la démarche psychanalytique dans une réflexion critique sur la notion de sécularisation, de fanatisation ou d’extrémisme, ce colloque cherche à montrer que le corps en tant que source de la souffrance entre en jeu à travers les pratiques socialement introduites dans la sphère religieuse moderne. Par ce biais, l’analyse profane introduite par Freud ouvre un débat sur le monothéisme, l’athéisme ainsi que la spiritualité, articulés avec la science. Il s’agit de débattre de l’articulation entre l’anthropologie psychanalytique et les pratiques sociales du corps religieux, à travers les questions concernant les usages du corps, la diversité des représentations du corps dans une démarche où se conjuguent, en ce lieu « soma », des déterminations inconscientes, sociales, culturelles et scientifiques.
Le colloque confrontera des formes d’expression de la souffrance des corps et des dispositifs de soin dans les phénomènes « hybride » : para-médical, para-psychologique, « pseudo-religieux », pseudo-scientifique. Engagée dans une investigations des situations actuelles, que peut dire ou envisager, l’analyse profane de la psychanalyse au sujet de ces formes nouvelles des pratiques corporelles ? Quels sont les enjeux inconscients liés au corps dans ce monde de mutation ? Ce colloque est prévu pour débattre ainsi le rapport du sujet avec sa vérité de l’inconscient dans des mouvements nouveaux dans la dimension occidentale et internationale des religions : le judaïsme, le christianisme, l’Islam, le bouddhisme, l’hindouisme dans les résurgences du phénomène « New Age ».
Programme
08h45-09h00 Ouverture du Colloque par Pr. Paul-Laurent ASSOUN, Directeur d’équipe Interne « Corps, pratiques sociales et anthropologie psychanalytique » du CRPMS, Université Paris 7.
09h00-09h45 « Le vampire, un non mort encore vivant » par Max KOHN
Maître de Conférences, Université Paris 7.
9h45-10h00 Discussion
10h00-10h45 « Destins cliniques du corps : le corps social et son envers inconscient » par Pr. Paul-Laurent ASSOUN
10h45-11h00 Discussion
11h00-11h45 « Le destin bouddhique, la souffrance occidentale » par Elizabeth KALUARATCHIGE
Maître de conférences, Université Paris 7.
11h45-12h00 Discussion
13h30-14h15 « Le rapport non avoué et « non su » , entre transsexualisme et transfiguration, comme exercice du religieux » par Claire GILLIE
Chargée de Cours, Université Paris 7.
14h15-14h30 Discussion
14h30-15h15 « Vêtement et corps féminins dans la société marocaine contemporaine » par Aline TAUZIN
Chargée de Recherches CNRS.
15h15-15h30 Discussion
15h30 – 16h15 « La glossolalie, phénomène religieux et/ou psychotique »par Pr. Gérard POMMIER
Professeur de l’Université de Strasbourg.
16h15-16h30 Discussion
16h30 fin du colloque et conclusion- par Pr. Paul-Laurent ASSOUN
Colloque organisé par l’équipe de recherches (interne) « Corps, pratiques sociales et anthropologie psychanalytique » du CRPMS, UFR Sciences Humaines Cliniques, Université Paris 7, Denis Diderot.
Directeur d’Equipe interne : Pr. Paul-Laurent ASSOUN
Directeur CRPMS : Pr. Alain VANIER
dimanche 17 juillet 2011
Colloque: "Symptômes corporels et Illusions collectives", 19 novembre 2011, Université Paris 7, Denis Diderot.
Organisé par l’équipe de recherche (interne) : « Corps, pratiques sociales et anthropologie psychanalytique » du CRPMS (Centre de recherche psychanalyse, médecine et société)
Organisatrice : Elizabeth KALUARATCHIGE
Sous la direction de Paul-Laurent ASSOUN
Dans Le malaise dans la culture, en parlant des méthodes que l’homme utilise pour diminuer la souffrance et augmenter les sensations de bonheur, Freud insiste sur la difficulté de faire pousser « une cuirasse impénétrable aux flèches du destin » et sur la défaillance de ces méthodes « lorsque le corps propre devient la source de la souffrance ». De l’introduction du toxique « étranger au corps » jusqu’à « la sublimation religieuse et spirituelle », Freud introduit une articulation concrète entre le corps sacrifié et/ou exalté et le corps imbriqué dans le symbolique ainsi que son envers, le symptôme.
Un siècle à peu près après cette œuvre freudienne, les religions non seulement monothéistes, mais les religions nouvellement introduites sous différentes formes, sont impliquées dans des pratiques religieuses « corporéisées » les plus contemporaines. Ces formes nouvelles ancrées exigent une analyse dans un cadre mieux défini conceptuellement. Inscrivant la démarche psychanalytique dans une réflexion critique sur la notion de sécularisation, de fanatisation ou d’extrémisme, ce colloque cherche à montrer que le corps en tant que source de la souffrance entre en jeu à travers les pratiques socialement introduites dans la sphère religieuse moderne. Par ce biais, l’analyse profane introduite par Freud ouvre un débat sur le monothéisme, l’athéisme ainsi que la spiritualité, articulés avec la science. Il s’agit de débattre de l’articulation entre l’anthropologie psychanalytique et les pratiques sociales du corps religieux, à travers les questions concernant les usages du corps, la variété des troubles somatoformes, la diversité des représentations du corps dans une démarche où se conjuguent, en ce lieu « soma », des déterminations inconscientes, sociales, culturelles et scientifiques.
Le colloque confrontera depuis, le corps sacrifié et fanatisé jusqu’au corps « offert » à la science, des formes d’expression de la souffrance des corps et des dispositifs de soin dans les phénomènes « hybride » : para-médical, para-psychologique, « pseudo-religieux », pseudo-scientifique. Engagée dans une investigations des situations actuelles, que peut dire ou envisager, l’analyse profane de la psychanalyse au sujet de ces formes nouvelles des pratiques corporelles ? Quels sont les enjeux inconscients liés au corps dans ce monde de mutation ? Ce colloque est prévu pour débattre ainsi le rapport du sujet avec sa vérité de l’inconscient dans des mouvements nouveaux dans la dimension occidentale et internationale des religions : le judaïsme, le christianisme, l’Islam, le bouddhisme, l’hindouisme dans les résurgences du phénomène « New Age ».
Ce colloque, vise également à repérer et mettre au point dans le débat avec la salle, les thématiques des recherches en cours et à travailler les enjeux épistémologiques de ce type de recherches dans le champ des études « corps et pratiques sociales des religions ».
Le Colloque sera organisé autour des thèmes suivants :
"Destins cliniques du corps : le corps social et son envers inconscient" par Paul-Laurent ASSOUN
"Le rapport non avoué et « non su » , entre transsexualisme et transfiguration, comme exercice du religieux" par Claire GILLIE
"Le destin bouddhique, la souffrance occidentale" par Elizabeth KALUARATCHIGE
"Le vampire, un non mort encore vivant" par Max KOHN
"La glossolalie, phénomène religieux et/ou psychotique" par Gérard POMMIER
"Vêtement féminin et corps féminin dans la société marocaine contemporaine" par Aline TAUZIN
Photo © Udayanga Amarasekara, Souffrance, Poitiers, Flickr Photo, 2011.
lundi 5 juillet 2010
Commentaire par Elizabeth KALUARATCHIGE sur l’intervention de Paul-Laurent ASSOUN lors de la rencontre scientifique sur « la folie »
Le Collège International de philosophie a organisé une rencontre le 29 mai 2010 sur le regard porté aujourd’hui sur ce que l’on nomme traditionnellement la folie. L’intervention de Paul-Laurent Assoun, Professeur à l’Université Paris 7, attire toute notre attention et elle mérite d’être commentée pour l’intérêt qu’elle porte aux acteurs du milieu thérapeutique.
Paul-Laurent Assoun montre en premier lieu, que la dimension psychanalytique de « la folie » intervient entre les deux rationalités philosophique et scientifique. La psychanalyse n’est ni une sorte de complément psy de la science, ni non plus une conception philosophique neuve. Depuis Descartes, dit P.-L. Assoun, dans la modernité philosophique, le cogito ou la pensée se confronte en permanence à la possibilité de la folie. Il est impossible de mener une réflexion sur le sujet pensant et sur la rationalité, sans penser la possibilité de la folie, du fait que la folie vient subvertir la réalité.
L’originalité de la psychanalyse sur la question de la folie, c’est la confrontation au réel de la folie. L’idée de Freud c’est que la psychiatrie essaie toujours de classer les signes, « les maladies » et « les malades », mais classer n’est pas suffisant. Au contraire, l’ambition de la psychanalyse est d’introduire une causalité. P. –L. Assoun insiste sur le terme « ambition ». Il s’agit d’être très modeste face à la complexité de la folie. La psychanalyse a tenté une théorie causale, mais non réductive. L’idée de la psychanalyse c’est donc que le symptôme ou « la folie » ne seraient pas l’effet d’un disfonctionnement ou d’un handicap, malgré les aspects déficitaires notamment dans la psychose. Elle explique que le symptôme vient porter à l’expression une vérité du sujet qui n’a pas trouvé d’autres accès que le symptôme et que cette vérité est articulable dans une structure subjective. Il ne s’agit pas simplement d’un intérêt compassionnel. Sans pour autant dévaloriser la compassion, P.-L. Assoun ajoute que dans la psychanalyse, sympathiser avec la souffrance du sujet ne suffit pas. Elle vise la compréhension de la cause de la souffrance : le conflit fondamental. C’est par là, que le sujet devient primordial dans la psychanalyse. Contrairement à la philosophie, le sujet intervient comme divisé, à travers la dimension inconsciente.
Dans la dernière partie de l’intervention de P.-L. Assoun, nous avons pu comprendre le double aspect de la résistance contre la psychanalyse. Il est d’actualité. Premièrement la philosophie n’oublie pas le sujet. La science au contraire cherche l’objectivité du processus, - c’est d’ailleurs, précise P. –L. Assoun, son devoir-, donc la science refoule le sujet. Au contraire, dans la psychanalyse, le sujet se situe dans une logique de la division du sujet, par la dimension de l’inconscient. Il fait mal aux certains philosophes et également aux scientifiques qui considèrent que le sujet divisé se situe au-delà de la science. Au contraire, dans la psychanalyse, le savoir de l’inconscient ne veut pas subvertir la science. Paul-Laurent insiste beaucoup sur cet aspect. Il ajoute que la psychanalyse pense la science, elle pense le sujet de la science. Lorsqu’on parle de l’inconscient, on ne pale pas d’un sujet psychobiologique ni complètement psychogénétique. La pulsion est déjà un concept limite entre psychique et somatique.
Pour la psychanalyse, le problème n’est pas tout simplement, calmer le délire, -souvent la science s’occupe de ce travail-. Toute la difficulté est de pouvoir non pas seulement traiter l’organe ou l’endroit du cerveau, mais comprendre quand un sujet délire quelle est la logique de la subjectivité de son délire, pour pouvoir l’accompagner. P.-L. Assoun explique ce travail à travers le psychotique. Le délire n’est donc pas une preuve de la folie, mais une tentative par son symptôme de s’adapter à la réalité, pour que le sujet puisse vivre. Il s’agit d’une version viable de la réalité. C’est pour cette raison, que le sujet aime son délire. Avec l’age, certains psychotiques vivent très adaptés, plus adaptés que certains névrosés. Ils peuvent vivre et gérer une tache automatique ou mécanique, avec une certaine efficacité. Par exemple le travail n’est pas perturbé par un acte manqué ni par les crises hystériques. P. L. Assoun insiste donc sur la possibilité d’utiliser des moyens pour maintenir le rapport du sujet psychotique avec l’autre. Il voit l’importance de beaucoup de techniques thérapeutiques utilisées à cet effet. Il ajoute « Tout est bon pour intervenir ». Cette capacité d’adaptation est souvent absente chez des névrosés qui sont préoccupés par la loi symbolique, le père, la culpabilité. P. –L. Assoun montre également comment la psychanalyse rencontre l’impasse subjective du psychotique. La psychose pose un problème énorme surtout sur la question du sexuel. Il nous rappelle la phrase de Lacan, « l’acte analytique ne doit reculer en aucun cas ». Comme tout autre savoir clinique, le psychanalyste entend le psychotique, sa souffrance et son conflit.
Tout en appréciant les avancées scientifiques sur l’imagerie mentales, les techniques et les thérapies médicales, il montre comment ces pratiques peuvent devenir problématiques. En répondant à une question posée, il explique qu’il y a une illusion chez certains praticiens, de finir par objectiver la folie, comme un objet de science pure. Il ajoute que tous les praticiens ne partagent pas cette illusion. L’imagerie cérébrale montre une lésion cérébrale, par exemple, on peut traiter cet endroit, mais ce qu’on ne peut pas oublier, c’est qu’on est face à un sujet parlant. La capacité de communication est toujours présente chez le sujet. Ces acquis ne doivent pas être transformés en illusion d’une objectivation. Il précise que la folie n’est pas simplement l’objet de la science, mais de sa condition. Malgré la version possible d’une objectivation, le sujet a une vérité dans laquelle il est engagée. Il ne s’agit pas d’un inconscient avec un I majuscule. Il ne s’agit pas non plus de la Vérité avec V majuscule. Les symptômes sont considérés comme étranges mais ils viennent de nous. P. –L. Assoun nous présente un exemple très simple. Quand on fait des lapsus, on est gêné. On fait passer notre petite vérité. Au plan social, on rit puis on passe à autre chose. D’ailleurs c’est conseillé au plan social. Mais, cette vérité empoisonne le social. Tandis que l’analyste est là pour dire qu’il y a une vérité du sujet de l’inconscient et qu’elle peut créer un symptôme, une souffrance, « une folie ». La psychanalyse montre qu’on ne peut pas objectiver un acte manqué ni un symptôme, mais c’est néanmoins un fait. On peut le déchiffrer du fait que c’est un sujet parlant qui est impliqué dans ce qu’on nomme traditionnellement « la folie ».
Photo par Udayanga Amarasekara/ Flickr photo
dimanche 4 juillet 2010
Olivier DOUVILLE, Chronologie de la psychanalyse du temps de Freud, 1856-1939, Paris, DUNOD, 2009, compte rendu par Elizabeth KALUARATCHIGE.

En pointant la chronologie de la diffusion de la psychanalyse, à travers les publications, communications, cours, correspondances, rencontres, voyages, aventures, points d’arrêt, luttes, scissions, résistances et développements répartis aux quatre coins du monde, Olivier Douville montre que la psychanalyse du temps de Freud n’est pas qu’une affaire de personne ni d’un groupe de disciples, mais un surgissement d’une discipline nouvelle qui a des répercussions dans la pensée philosophique et dans les activités scientifiques, plus particulièrement dans le milieu psychiatrique. La chronologie tracée par Olivier Douville met en lumière, jusqu’à quel point la psychanalyse elle-même fait événement dans histoire et les événements de l’histoire font eux-mêmes entrer la psychanalyse dans leur mouvement.
Chaque année de la vie de Freud depuis 1875 forme un chapitre dans cet ouvrage. Dans chaque chapitre, différents pays sont évoqués comme marqués par la psychanalyse. La France entre en scène depuis 1882. Désormais, l’auteur étudie non seulement les expériences vécues par Freud en France, mais la résistance de la part de la France à la psychanalyse. L’auteur étudie finement les interactions ainsi que les apports théoriques et cliniques dans le milieu psychiatrique cédant une place non négligeable à la pratique psychanalytique des pays d’Europe comme l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne, La Grande-Bretagne et la Hongrie, pendant l’expansion de la psychanalyse en Occident. William James, psychologue et philosophe des Etats-Unis est le premier savant en dehors de l’Europe, qui s’intéresse déjà en 1894 aux travaux de Freud et de Breuer. L’expansion de la psychanalyse vers les autres continents est abordée en accordant une importance justifiée, aux événements de petite envergure. Par exemple, l’auteur nous montre l’impact d’un petit commentaire d’un médecin du continent d’Amérique du Sud dans le mouvement psychanalytique à ses débuts. L’auteur est attentif à la moindre petite trace de la psychanalyse, telle que celle dont un écrivain japonais fait mention, pour la première fois en 1902, au sujet de la théorie freudienne de la sexualité dans un article de médecine. Avec cet événement presque anodin, l’auteur commence l’histoire de l’influence de la psychanalyse dans les pays asiatiques : Japon, Chine et Inde jusqu’au continent australien. L’année 1930 est marquée par la progression vers l’Afrique au travers de la région maghrébine, par le premier analyste arabe Moustapha Ziwar venu d’Egypte. Certains intellectuels et institutions et des pays du Proche Orient comme l’Iran, l’Israël et la Palestine s’inspirent de la psychanalyse. Dans la liste des pays impliqués dans ce mouvement, on entrevoit que les pays d’Afrique reste plutôt le « continent noir » du monde psychanalytique, sauf l’Afrique du Sud. Dans cet ouvrage on comprend la phrase de Freud : « D’Afrique, encore aucun signe de vie ». L’engagement freudien reste la colonne vertébrale de cette chronologie, pour tenir ce mouvement, qui fait des allers et des retours, entre tel ou tel continents, pays et régions.
En premier lieu, l’auteur met en relief le lien que la percée de la psychanalyse a avec les mouvements novateurs et révolutionnaires du début de la modernité : le surréalisme, l’athéisme, les révolutions politiques, les mouvements féministes, la psychologie expérimentale. En deuxième lieu, il nous montre jusqu’à quel point elle est victime des préjugés et des injustices jusqu’à devenir un mouvement d’exilés. Olivier Douville a pris le soin de montrer comment la psychanalyse s’est s’implantée solidement dans le cercle des analystes juifs malgré les persécutions, injures, destructions et exil forcé, et a pris racine dans les milieux non juifs et non européens. L’auteur nous guide pour comprendre la véritable expansion scientifique de la psychanalyse à travers les publications, les textes et les revues, traductions, colloques, associations et cercles de travail.
Une lecture critique de cet ouvrage nous permet de le présenter en tant que chronologie de « l’intérêt de la psychanalyse », au sens freudien du terme. Il prouve une fois de plus le statut épistémique de la psychanalyse et sa posture face au savoir régionalisé et globalisé. De la science, médecine, philosophie et la psychiatrie, jusqu’à la sociologie, l’anthropologie, en passant par les religions, l’art, la littérature et la politique, on rencontre un grand nombre de domaines dans lesquels « l’intérêt de la psychanalyse » se manifeste. Cet ouvrage montre la richesse des associations qu’elle commence à promouvoir entre ces divers domaines déjà au temps de Freud. Les réflexions de Piaget, Breton, Roheim, Selligmann, Tagore, Bataille et Bachelard, sur la psychanalyse, témoignent de la sympathie ainsi que la résistance à l’invention freudienne.
Depuis Galilée en passant par Darwin, l’humain résiste à la vérité qui se manifeste à travers les inventions scientifiques. Quant à Freud, il rencontre la résistance fondée sur un refus de l’humanité de reconnaître l’inconscient et la sexualité infantile, et de surcroît le complexe d’Œdipe. Les universitaires, écrivains, philosophes et littéraires semblent vouloir accueillir malgré eux, cette science marquée par une « révolution dans le savoir ». On suit tout au long de cet ouvrage, ces personnes menées par la résistance, qui tentent à éliminer certaines parties théoriques de la psychanalyse freudienne, par les interprétations, déviations et dérivations. On suit Jung, Groddeck, Adler et Rank, des piliers de l’édifice psychanalytique freudien, qui fondent leur propre domaine. Il est intéressant de suivre l’accueil ainsi que la scission, présenté selon le degré de résistance contre le sexuel et l’inconscient, le socle de la théorie psychanalytique.
Olivier Douville, psychanalyste, psychologue clinicien et anthropologue, montre à plusieurs reprises, la problématique de l’anthropologie dans la psychanalyse. Depuis Totem et tabou, on rencontre les publications, les interventions, et avancées conceptuelles à travers la psychanalyse mais également les critiques et l’hostilité. En effet Freud répond à Marett qui nomme le Totem et tabou une « just-so-story » : « Marett peut bien prétendre que la psychanalyse a laissé l’anthropologie au point où elle l’a trouvé, c’est-à-dire avec ses propres problèmes, puisqu’il se refuse aux solutions qu’elle lui donne… ». Ce propos freudien montre comment Freud fait un travail difficile et fécond en même temps. Corrélativement, comme on l’apprend tout au long de cet ouvrage, il s’agit de retracer la théorie freudienne de la culture qui a vu tout simplement le début de sa lutte pour prendre place dans les sciences qui étudient l’organisation culturelle et sociale.
Avant de terminer ce compte rendu, il faut insister sur l’utilité principale de ce travail. L’ouvrage est jalonné des années de la vie de Freud et accompagné d’un index des noms et d’un index des pays. Comme le propose l’auteur lui-même, le lecteur peut se servir de ce manuel pour guider sa lecture selon son intérêt théorique, historique et clinique.

